THEORIE

 

L'homme vient au monde animé par une force, appelée "force vitale", qui le pousse à se conserver en vie, à procréer et à s'adapter (les pulsions).

Comme les forces en Physique, cette force vitale n'a pas d'explication. Elle est, et porte en elle-même son sens. Elle relève du mystère de l'existence et de l'essence de la Matière et de la Vie, que jamais l'Homme, simple partie, ne percera.

La psyché individuelle est le siège de cette force. Mais il n'y a pas de pur esprit et le corps y est indissociablement lié. L'Homme ne peut non plus n'être qu'intériorité et il est aussi indissociablement lié au monde extérieur, par son environnement.

 

Le principe fondamental de l'Erreur humaine (Errare humanum est...)

L'Homme naît avec la capacité de se tromper vitalement, c'est à dire de s'établir dans une ligne de vie qui ne lui offre pas la joie de vivre la plus intense qui lui est accessible, bien que celle-ci soit le seul sens de sa vie.

 

Cette capacité à l'Erreur est inhérente à la Nature Humaine. Elle est le "prix" de la Conscience (faculté d'abstraction, imagination). L'Evolution du Vivant a consisté en des êtres de plus en plus autonomes vis à vis de leur environnement. Conjointement, sont apparues la mobilité et la notion d'espace, le désir et la notion de temps, le sujet et l'objet, la psyché. Mais, par essence, l'autonomie - qui s'oppose à l'automaticité - comprend la possibilité de l'erreur.

L'Erreur dont il s'agit n'est donc pas une simple erreur d'inattention ou de logique qu'il serait aisé de corriger à l'examen suivant. C'est une erreur vitale, qui consiste donc à se tromper de vie, à prendre l'abstinence ou l'excès pour la Nourriture, le faux pour le Vrai, le laid pour le Beau, l'agression pour le Bon, et inversement ; autrement dit, à prendre le Bien pour le Mal et le Mal pour le Bien. C'est, par exemple, celle que l'on reproche aux autres sans l'identifier chez soi.

Corollaires

L'Erreur contient sa sanction, qui en est aussi le symptôme intérieur : le mal-être (culpabilité, angoisse, complexe d'infériorité, nervosité, ennui, ...).

Le principe de l'Erreur comprend celui de sa correction. L'Homme possède une référence intérieure de ce que devrait être sa vie. Nous la nommons "Esprit" (ou "Surconscient"). La conformité à l'Esprit délivre une émotion détectable par la Conscience : la Joie-de-vivre, qui est le Sens de la Vie en l'individu.

Finalement, la Morale est la satisfaction de l'Esprit, qui n'a qu'une seule traduction : la Joie-de-vivre. Morale et Joie-de-vivre ne font qu'un et ne vont donc pas l'une sans l'autre.

 

L'Erreur est un paradoxe vivant : elle est à la fois naturelle et cause de la séparation de l'individu d'avec sa vraie nature. Moi, je peux être... sans être moi. C'est ainsi que C.G. Jung distingue le Moi, qui est l'individu réel à un instant quelconque, du Soi, qui est l'individu "vrai" potentiel, autrement dit, celui qu'il serait s'il était parfaitement conforme à son Esprit, réalisée la Nature en lui (il ne peut qu'y tendre en réalité).

"Connais-toi toi-même" est-il écrit sur le fronton du temple d'Apollon.

Avec la vie, l'individu reçoit donc la charge, au regard du Sens de la vie, de lutter contre (les conséquences négatives de sa capacité à) l'Erreur.

Mais lorsque le mal est fait, l'énergie vitale investie dans l'Erreur ne se réoriente pas facilement. Abandonner l'Erreur est vécu dans un premier temps comme une fragilisation inacceptable. Il faut alors effectivement se faire du "mal" pour se faire du bien.

Mais à mesure que l'individu progresse, avec des hauts et des bas, la Joie-de-vivre s'installe. La question sur le Sens de la vie s'estompe par-là même, car elle n'est finalement qu'une traduction du mal-être. Parce que, encore une fois, la Vie porte en elle-même son Sens et se libérer de l'Erreur est le trouver, et c'est là la direction (sens) que doit prendre la vie individuelle.

 

Commentaires

* Dans la symbolique biblique, l'Erreur est le "Péché Originel", fruit de "l'Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal". La tâche des hommes est donc bien de le "racheter", Adam et Eve étant les symboles de l'Homme. Dieu est un triple symbole : du Mystère de l'existence et de l'essence de la vie et de la matière (Dieu Créateur), de l'Esprit (Dieu Guide de la Conscience) et de la sanction contenue dans l'Erreur (Dieu Juge). Tous les grands mythes débutent par une description de la genèse, l'émergence, de la conscience (humaine, en particulier), et par-là de l'émergence de l'Erreur. Voir "La divinité", "Le symbolisme dans la mythologie grecque", "Le symbolisme dans la Bible" par Paul Diel. Petite Bibliothèque Payot.

* La Joie-de-vivre (Félicité) est harmonie avec la Nature - dont soi-même -, calme, sérénité, amour, nourriture, vérité, beauté, bonté, ... Elle ne devrait, sur cette base, pas être confondue avec ses fantômes, fruits de l'Erreur : la griserie imaginative, le rêve hallucinatoire, le triomphe vaniteux, l'auto-persuasion d'être heureux, la fuite en avant, le raidissement moralisant, le conformisme banalisant, ...

* Puisqu'il la reçoit avec la vie, aucun individu ne peut être libéré de la capacité à l'Erreur, et même de l'Erreur. Il peut être ajouté que dans la société occidentale actuelle, le niveau moyen d'Erreur est élevé.

Evidemment, ne pas reconnaître le principe de l'Erreur est se condamner à l'Erreur. C'est, au passage, une illustration de la force qui peut être investie dans l'Erreur - sous la forme, ici, de la vanité - qu'un individu puisse la nier chez lui tout en la dénonçant en permanence chez les autres.

* Mais, conjointement, la possibilité de la correction de l'Erreur, en principe jusqu'à sa suppression totale (jamais obtenue en pratique), existe pour tout individu. Certes, le degré d'Erreur est lié tout à la fois aux gènes, à l'acquis (l'éducation, en particulier, surtout durant les premières années de la vie, celles de la constitution de la personnalité), à l'état corporel et à l'environnement, mais aucun de ces facteurs n'est absolument déterminant en regard de l'Erreur. Même si c'est puissamment, il n'est que prédisposant.

Si même il est impossible de modifier sa constitution héréditaire et refaire son éducation, l'environnement, changeant en permanence (en soi ou du fait d'un déplacement de l'individu), est à même de créer la petite déstabilisation qui marquera le début de la régression de l'Erreur. Il est probable, par ailleurs, qu'un aspect chaotique du fonctionnement de la psyché elle-même soit de nature à créer en propre une telle déstabilisation.

Quoiqu'il en soit, tout individu est doté d'un Esprit et ne peut, par principe, avoir choisi l'Erreur.

(Note : sur la question de savoir si l'Esprit - inné - est de même nature ou non chez tous les individus, nous dirons que tout laisse à penser qu'il y a une grande homogénéité. En aucun cas cette interrogation ne peut permettre de nier l'Erreur. Le potentiel énergétique psychique, que l'on peut appeler "intelligence" dans l'acception la plus large, diffère en revanche entre les individus).

* Ce qui précède nous conduit à la grande question philosophique de la liberté de choix, du libre arbitre.

La réponse est très dépendante de la charge de sens que l'on place derrière les mots - liberté et responsabilité, en particulier -, charge précisément difficile à exprimer par des mots.

D'abord, comme l'a montré B. Spinoza, la liberté implique la détermination. Autrement dit, contrairement à ce que l'on pourrait supposer sans examen, il faut être lié quelque part pour être libre. En effet, pour qu'il y ait choix, il faut qu'il y ait enjeu, sinon il n'y a que marche erratique. Mais pour qu'il y ait enjeu, il faut qu'il y ait une valeur prédéterminée. Cette valeur est la conformité à l'Esprit, lequel est le lien psychique inné, indépassable et inexplicable, de l'individu doté de conscience avec sa propre nature.

Mais pour qu'il y ait liberté, il faut qu'il y ait en plus capacité à l'Erreur - et donc doute -, sinon il n'y a qu'automaticité, sans Conscience.

L'individu est responsable dans la mesure où la qualité de sa vie, ou plutôt de l'évolution de cette qualité, dépend pour partie de lui seul ; indépendamment, en particulier, de son environnement (par ailleurs, de la qualité de sa vie dépend pour partie la qualité de la vie de son environnement).

Mais cette responsabilité s'arrête là. Aucun individu ne persévère dans l'Erreur en parfaite connaissance de cause. C'est impossible par nature. Aucun individu ne va mal (et, en particulier, ne fait le mal) à la suite d'un choix éclairé ; ce ne peut être qu'à la suite d'un "choix" guidé par l'Erreur, laquelle s'est installée en lui à son insu.

Il n'y a corrélativement qu'une seule vraie culpabilité, c'est celle que l'individu ressent en lui-même sans bien l'identifier et sans en connaître l'origine, et qui est aussi la sanction directe de l'Erreur : le mal-être.

(Note : ceci n'implique nullement que sont erronées les actions collectives visant à dissuader de certaines actions, ou à réduire la liberté d'action de certains individus. En revanche, la punition agressive, la vengeance, procède de l'Erreur).

* En plus (ou plutôt en moins...) du Soi et du Moi, "est" l'individu apparent, qui comprend une part de dissimulation et de simulation à destination de l'environnement social, ou de l'individu lui-même (ceci relevant intégralement de l'Erreur), que C.G. Jung appelle "Personna".

* La phrase latine complète est : Errare humanum est, sed perseverare diabolicum est (l'Erreur est humaine, mais y persévérer est diabolique). On peut donner deux sens à la seconde proposition :

Le premier est tout simplement le constat (pénible) que l'erreur est auto-conservative, c'est à dire qu'elle contient les conditions de sa propre pérennisation, malgré le mal-être qu'elle provoque. C'est une façon de dire le paradoxe vivant qu'est l'Erreur.

Le second est d'enseigner que s'il y a bien erreur et s'il est dans la nature humaine d'y tomber, c'est manquer à sa responsabilité essentielle que de ne pas lutter ensuite pour la corriger.

* Le rêve, production symbolique de la psyché, a une haute valeur diagnostique, pourvu que l'on en ait, comme pour les mythes, révélé le sens. La traduction des rêves est ainsi une part importante de la Psychologie des Profondeurs.

Le plus souvent, se fixant sur des images mémorielles de la vie réelle passée et intégrant les perceptions sensorielles durant le sommeil, le rêve met l'individu lui-même en scène, dans l'état psychique où il se trouve réellement (c'est à dire avec sa part d'Erreur). La réponse - indirecte, mémorielle - de l'Esprit à l'Erreur se traduit par la mise en échec des actions défaillantes rêvées de l'individu.

Il n'y a qu'un seul rêve, pour ce que nous en savons, qui traduit la conformité à l'Esprit, c'est le rêve de lévitation (vol) - et encore, pas dans tous les cas, car il peut traduire une volonté de puissance. Le plaisir intense qui l'accompagne ne permet pas de s'y tromper.

* La rêverie en état de veille ne doit pas être confondue avec le rêve. Elle est un symptôme de débordement imaginatif, qui relève de l'Erreur.

Dans les cas sérieux, toutefois, le rêve peut envahir la vie éveillée sous forme de comportements décalés ou d'hallucinations.

 

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