L'ESPRIT

 

L'Esprit est la Référence absolue intérieure à l'individu, portant le Sens de la Vie, qui est Harmonie de l'individu avec la Nature. Il se révèle dans les Valeurs innées de Nourriture, de Vérité, de Bonté et de Beauté.

La Nourriture est l'harmonie avec la Nature des besoins réels de l'individu, c'est à dire leur satisfaction régulière et sans excès.

La Vérité est l'harmonie (concordance) avec la Nature de la représentation psychique qu'en a l'individu.

La Bonté est l'harmonie avec la Nature orientée dans le sens de l'émission par l'individu. Elle procure la joie du don désintéressé, par exemple.

La Beauté est l'harmonie avec la Nature orientée dans le sens de la réception par l'individu. Les plaisirs des sens (harmonie avec des formes et des couleurs, des sons, des saveurs, des parfums, ...) en font partie. C'est aussi l'émerveillement devant la Vie saine de corps et d'Esprit, en soi et hors de soi.

La Joie-de-vivre est la récompense suprême de la conformité à l'Esprit et donc aux valeurs de Nourriture, Vérité, Bonté et Beauté. En totalité, elle se confond avec lui et elle est la (seule) Morale, le (seul) Bien, le (seul) Sens.

 

Commentaires

* L'Esprit (l'Ame) ne peut se définir véritablement par des mots. Conjointement, il n'y a pas ici de définition de l'Harmonie et, dans une large mesure, des Valeurs. Le sens des mots est fourni par la pensée analogique, qui se réfère en dernier ressort à l'Esprit, seul porteur de sens. "L'Esprit se connaît lui-même".

* L'Esprit n'est pas une tension et n'a donc pas d'objet. Il n'est pas non plus un objet vers lequel il y a tension. Ou alors il est lui-même son propre objet, ce qui ne nous avance pas beaucoup (notons que nommer l'Esprit, comme s'il était un objet, est une incorrection nécessaire, la pulsion d'adaptation et l'intellect ne pouvant fonctionner sans).

Conjointement, la satisfaction de l'Esprit n'est pas un "intérêt", ce qui permet de parler de "don désintéressé", bien que la Joie-de-vivre y soit associée. Par ailleurs, en soi, elle ne demande aucun effort. Elle est "donnée" (par la Nature). En revanche, l'accroître en demande beaucoup, dans l'intensité, parfois, et dans la durée, toujours.

* Nous ne retenons donc pas les notions dieliennes de "désir essentiel" (dirigé vers la Joie-de-vivre), "pulsion spirituelle" (tension vers la satisfaction de l'Esprit) et même "égoïsme conséquent" (direction de ses actions dans le but de ressentir la Joie-de-vivre), considérant qu'elles nuisent à la netteté du concept d'Erreur en donnant à l'Esprit un caractère "moteur" sur la progression du comportement (alors que nous considérons en quelque sorte que l'Esprit est une empreinte sur laquelle la vie de l'individu s'applique, la concordance libérant la Joie-de-vivre).

Si nous poussons l'analyse philosophique, cette option a de grandes implications. Car l'absence de pulsion vers la satisfaction de l'Esprit conduit à considérer que la Conscience (Faculté d'abstraction) n'est pas en soi dirigée vers L'Esprit. Au contraire, l'Erreur apparaît comme le "prix à payer" pour la Conscience, L'Esprit n'existant lui aussi que parce qu'il y a Conscience. Sinon, il n'y a qu'automatisme et donc ni Conscience, ni pulsion, ni Esprit, ni Erreur, ni Joie-de-vivre. La Conscience est une distanciation vis à vis à la fois des objets de désirs et de l'harmonie avec la Nature. Elle est donc disjointe de l'Esprit (et donc, en particulier, de la Vérité), bien que tous deux n'existent qu'ensemble.

Dans ces conditions, nous ne pouvons, comme le fait Paul Diel, dire que "l'Homme n'est que demi-conscient" et identifier les deux concepts de "Sens de la vie" dans la logique, décrite sommairement ici : Sens (évolutif) de la Vie = évolution (continue) du vivant => extension de la Conscience => extension de la conscience de l'Esprit => extension de la conformité à l'Esprit = Sens (individuel) de la Vie, car nous ne retenons pas l'implication "extension de la Conscience => extension de la conscience de l'Esprit". Ceci nous entraîne à rejeter l'idée d'évolution continue (déjà difficile à soutenir sur le plan de la paléontologie) pour admettre que la Conscience de l'Homme est limitée a priori (ce que l'on attribue d'ailleurs sans hésiter aux autres espèces), l'Homme étant en outre incapable de concevoir ce que serait une plus grande Conscience.

* Mais alors, l'Homme n'est-il pas condamné en son état? La Psychologie des Profondeurs ne passe-t-elle pas ainsi du statut de front de l'Evolution à celui de plus total non-sens ?

Déjà, la réponse à la deuxième question est "non" ; les faits le prouvent à l'échelle de l'individu et les plus grands témoignages en attestent.

Effectivement, l'Esprit est un peu comme le Roi (d'ailleurs souvent symbole de l'Esprit) dans le jeu d'échecs : c'est la pièce essentielle de la partie, mais sa capacité d'action est limitée.

Malgré cela, l'expérience des "résultats" suprêmes que sont la Joie-de-vivre et son contraire et absence, le mal-être, peuvent être associés par la conscience individuelle à des actions personnelles, à l'occasion des permanentes déstabilisations liées au caractère chaotique de la vie (de l'environnement, en particulier).

Sur l'ensemble des individus, l'enfoncement dans l'Erreur se constate aussi bien que l'amélioration, mais le caractère bénéfique de la Joie-de-vivre permet qu'à la marge, malgré d'importantes fluctuations, elle tende à progresser (les mythes donnent toujours un avantage marginal aux forces du Bien sur celles du Mal).

* En revanche, l'Homme ne connaîtra jamais le "Grand Soir", celui de l'infinie et automatique Félicité, ni même ne s'approchera bien plus en qualité de celle-ci qu'il ne l'a fait dans le passé. L'homme occidental a certes modifié fortement, et sans doute - par transmission par l'éducation - irréversiblement, sa maîtrise de l'environnement, mais depuis 2000 ans, il n'a pas progressé spirituellement, et même régressé (les Américains en sont globalement le prototype). L'homme oriental n'a pas régressé spirituellement mais pas progressé non plus, et il n'a pas fait les mêmes progrès techniques (les Bouddhistes en sont le prototype).

Il semble raisonnable de supposer que, quantitativement (par le nombre d'individus), l'Homme devrait pouvoir tendre vers un optimum, plus proche du mode de vie oriental que de du mode de vie occidental. Mais il devra toujours travailler un minimum pour cela (et ce qui est dépensé pour la conscience de l'Esprit, et au-delà pour la contemplation, ne peut l'être en même temps pour le progrès technique. Comme, de plus, le second perd de son sens au fur et à mesure de sa réalisation, l'avenir lointain est à une baisse de son rythme). Et encore l'Homme ne sera-t-il jamais libéré du risque de voir l'Erreur se manifester en force chez certains individus.

* Le rejet de l'identification du sens de l'Evolution avec celui de la vie humaine individuelle nie dans le principe "la vision unifiante du Sens de la Vie" de Paul Diel. Semblant fondamental sur le plan philosophique, ce point ne l'est pas du tout sur le plan psychologique et ne remet que marginalement en cause la pertinence de la psychologie de Paul Diel, dont on notera au passage la grande profondeur et cohérence de pensée.

* Bien sûr, la Joie-de-vivre ne se vit pas par tout ou rien. Au contraire, ces deux extrêmes ne sont jamais atteints et les états réels sont donc intermédiaires (ce qui ne veut nullement dire qu'ils sont identiques pour tous les individus, évidemment). Corrélativement, l'Erreur n'est jamais totale et jamais nulle.

* La Valeur "Nourriture" correspond à la satisfaction des besoins et par-là des pulsions réunies mais pas aux pulsions elles-mêmes. Au contraire des Valeurs spirituelles qui sont extensives et unificatrices, les pulsions sont intensives et décomposatrices. Les manques et les tensions sont contraires à la valeur de Nourriture et donc à la satisfaction de l'Esprit.

* La Nature, dans l'absolu, comprend tout : les humains comme le reste du Cosmos, la psyché et le corps. Dans le particulier, c'est à dire pour l'individu, elle se borne à la part de Nature qu'il expérimente directement ou qu'il intègre (partiellement) à partir de témoignages. Cette part évolue inéluctablement au cours de la vie, soit par évolution de l'environnement, soit par l'action de la pulsion d'adaptation, mettant ainsi en jeu l'harmonie.

* Le "sentiment social" posé par Alfred Adler, est bien plus que la faible "inclination sociale" : c'est la Bonté appliquée à l'environnement social, qui est l'environnement dominant, s'ajoutant à l'investissement de la pulsion d'adaptation individuelle dans l'action collective.

* A noter que, dans le cadre de la satisfaction de l'Esprit par la Beauté au travers des plaisirs des sens, la Grande Cuisine et les Grands Vins, dans lesquels se trouvent beauté des textures, des formes et des couleurs, des parfums, des saveurs - et même parfois, des sons - sont donc de grandes activités artistiques, en plus de satisfaire l'appétit (qui impose aussi la modération).

 

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