LA CORRECTION DE L'ERREUR

 

Il faut le répéter ici : l'Erreur est le Mal pris pour le Bien, une position de vie que l'on croit à tort justifiée, dans laquelle est investie de l'énergie vitale, à laquelle on s'accroche et que l'on défend, dont on ressent les mauvais effets sans en identifier le caractère endogène, ... L'Erreur est donc difficile à corriger. S'y engager est entrer dans un processus lent, oscillant, pénible, jamais achevé.

Pourtant, c'est bien la tâche essentielle de la vie individuelle. Il n'y en a pas de plus gratifiante. Car la Joie-de-vivre est la Satisfaction au-dessus des satisfactions, à ne pouvoir s'y tromper, un don suprême de la Nature en l'individu, et qui, comme tel, ne demande aucun effort et n'est pas limité dans le temps.

 

La condition première pour s'engager dans la correction de l'Erreur est évidemment d'en admettre le principe pour soi-même comme pour les autres.

Le principe général est ensuite ce à quoi on répugne bien souvent :

se connaître mieux soi-même

Pour cela, il convient :

Premièrement, d'identifier les poussées de Joie-de-vivre, ainsi que les circonstances qui les ont permises, car il s'agit à l'évidence de bonnes pistes.

Deuxièmement, d'analyser le plus précisément possible son comportement, de façon à en dégager les véritables motifs, fréquemment complexés par de factices, ainsi que les faits (réels) sur lesquels ils sont appuyés.

Troisièmement, de pousser le calcul de satisfaction sur sa motivation : ma démarche est-elle véritablement orientée vers ce que je désire le plus, vers le bonheur simple et sain de vivre?

 

Bien sûr, la simplicité de ce principe essentiel ne diminue en rien la difficulté de la correction de l'Erreur, car celle-ci limite les poussées de Joie-de-vivre, fait prendre des motifs factices pour des vrais, des sentiments pour des faits, des plaisirs imaginaires pour du bonheur à vivre.

C'est par une infinité de petites déstabilisations successives, à son initiative ou non, et de petites prises de conscience de soi qu'à la marge le progrès se fait.

Progressive dans le temps, la démarche n'en doit pas moins entamer l'Erreur, structurée en complexe, "simultanément" sous toutes ces formes. Par ailleurs, sa reconnaissance est l'amorce, incontournable mais dans une large mesure irréversible, de la voie de son recul.

Pour cela, il est important, premièrement, d'en identifier tous les symptômes (de nervosité, d'agressivité, d'indignation stérile, de débordement imaginatif, de mauvaise conscience, de sentiment d'action manquée, d'angoisse, de vexation, etc...), qui indiquent sa présence sous-jacente. Deuxièmement, une vision (provisoirement) intellectuelle des principaux ressorts de l'Erreur permet d'orienter favorablement l'analyse de son comportement et l'instillation de petites déstabilisations salutaires.

Ceci est permis conjointement par une vision (provisoirement) intellectuelle des Valeurs spirituelles.

 

________________

 

Vivre l'instant, au lieu de l'investir à perte dans un futur imaginaire. Ceci n'empêche pas, au contraire, d'avoir une vision de la bonne voie, sans tension.

Sentir, au lieu d'intellectualiser à outrance ou de se regarder en miroir. Ceci n'empêche pas, au contraire, de s'engager dans la bonne voie.

Exprimer, au lieu de vouloir montrer. Ceci n'empêche pas, au contraire, de réaliser le Bien que l'on a en soi, c'est à dire son Soi.

Se recentrer, au lieu de se disperser. Ceci n'empêche pas, au contraire, d'avoir de la force d'expression.

S'émanciper de l'environnement social. Ceci n'empêche pas, au contraire, d'y avoir de saines relations.

Prendre soin de son corps. Ceci n'empêche pas, au contraire, la vie saine de sa psyché.

Satisfaire les besoins de base, ensemble, sans avidité et au juste nécessaire. Ceci n'empêche pas, au contraire, de satisfaire les autres valeurs spirituelles.

Accepter les faits, car se sont des faits. Ceci n'empêche pas, au contraire, d'agir efficacement, dans la mesure de ses moyens, pour que la situation s'améliore.

Accepter ce que l'on est, avec ses dons et ses limites, en l'instant et en soi. Ceci n'empêche pas, au contraire, d'être véritablement beau ou de faire des progrès.

Accepter l'Erreur humaine, chez soi, dans son environnement social et dans le reste de l'humanité. Ceci n'empêche pas, au contraire, de s'orienter vers le Bien. La moyenne définit la norme, elle ne définit pas le Bien.

Accepter la mort, car - dernière étape de la vie - elle est inéluctable pour l'individu, tout en laissant place à d'autres incarnations de la même Vie que sont les individus plus jeunes. Ceci n'empêche pas, au contraire, de connaître la Joie-de-vivre, jusqu'à perdre toute angoisse du temps qui passe.

Faire acte de bienveillance, sans attente de retour. Ceci n'empêche pas, au contraire, de demander la collaboration ou de se défendre lorsque nécessaire, sans agressivité.

Contempler la Nature en êtres et en action et goûter des plaisirs des sens. Ceci n'empêche pas, au contraire, d'être sensé pour les autres aspects de la vie.

Réaliser la vraie, belle et bonne Nature en soi.

 

Commentaires

* L'Erreur tend à réinvestir tout espace libéré et à s'engouffrer dans tout espace nouveau. Il en est d'une démarche de correction de l'Erreur comme du reste. Il est important, par exemple, de ne pas sur-intellectualiser la Psychologie des Profondeurs pour ressentir, d'accepter d'avoir des rechutes pour rebondir, de ne pas être pressé "d'y arriver" pour progresser au mieux, ... et évidemment de ne pas se voir en analyste pointu de l'âme humaine, en sauveur des consciences, en gourou de la Psychologie des Profondeurs ou en Bouddha du XXIème siècle. La première façon d'aider les autres c'est d'abord de s'améliorer soi-même, bien avant toute démarche orientée.

* Le recentrement ne doit pas être confondu avec l'égocentrisme. Le premier consiste à se libérer de désirs et craintes multiples, et autres dérives imaginatives, pour remobiliser son énergie vers l'essentiel. L'égocentrisme, au contraire, est un trait de l'Erreur, caractéristique de la vanité - où il est lié à une forte vision de soi en miroir - et de la banalisation, et qui consiste à tout ramener à soi.

* Le détachement peut être associé au recentrement. Il consiste à se libérer de mouvements automatiques non instinctifs liés à des éléments extérieurs, quels qu'ils soient (asservissements). Lorsqu'il consiste en une émancipation vis à vis de l'environnement social, libérant les traits de caractère les plus différenciés, les plus individuels, il est nommé "individuation". En aucun cas, bien au contraire, il n'est synonyme de repli sur soi, d'isolement ou de rupture avec les plaisirs de la vie. La maîtrise de soi, qui va de pair, est en outre la plus grande satisfaction associée à la pulsion d'adaptation.

Le non-conformisme est donc un trait positif du comportement, qui s'oppose à la banalisation banale. Il ne doit pas être confondu avec l'anticonformisme, qui consiste à se placer toujours, pour se distinguer, en opposition avec ce qui est exprimé par les autres et qui relève de la vanité.

* L'acceptation, qui suppose la sérénité devant le fait, tout simplement parce qu'il est fait, ou devant l'évidence, est une des plus grandes qualités humaines. Elle ne doit pas être confondue avec la résignation, qui, au contraire, est de l'impuissance mal digérée.

* La mesure peut lui être associée, dans deux sens du mot. D'abord, l'acceptation suppose une reconnaissance des faits et des évidences. Ensuite, elle permet de prendre le Bien là où il est et le Mal pour ce qu'il est, au lieu de procéder par tout ou rien, blanc ou noir, qui ne laisse in fine que le néant.

* L'opposition entre le senti et le regard en miroir sur soi établit la différence, subtile à exprimer mais énorme dans les conséquences, entre l'introspection positive, absolument indispensable à tout progrès, et l'introspection maladive.

 

Théorie

Sommaire